Le Dossier : Limiter les déplacements professionnels

Publié le : 3 octobre 2022
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Sujet d'actualité !

Les déplacements professionnels et leurs impacts sur l’environnement sont au cœur de nombreux débats depuis quelque temps. Pour un petit récap des dernières grosses actualités qui ont mis le feu aux poudres :

  • Le patron des TGV et trains Intercités de la SNCF, Alain KRAKOVICTH, a épinglé, le 4 septembre, sur Twitter les joueurs du PSG adeptes du jet privé pour des trajets (très) courts. Le lendemain un journaliste posait une question à ce sujet à Kylian MBAPPE et son entraîneur Christophe GALTIER, lors d’une conférence. Leur réaction a fait vivement réagir puisque le joueur de foot a ri tandis que son entraîneur a tenté une vanne de mauvais goût en répondant « On est en train de voir si on ne peut pas se déplacer en char à voile ». Leurs réactions ont été immédiatement relayées sur toutes les plateformes et la question des déplacements professionnels a été d’autant plus soulevée.
  • Une dizaine de jours après Alain KRALOVITCH (oui, oui toujours le même, il va devenir notre chouchou) a fait référence à un « train de fonction » à l’instar des voitures de fonction qui permettrait de se déplacer en train pour des raisons professionnelles en passant par des chèques ou des cartes trains.
  • Entre-temps nous apprenions le décès de la Reine Elisabeth II. Là vous allez vous demander pourquoi j’évoque cela et en quoi ça a un rapport avec le sujet. Eh bien sachez que l’on est en plein dans le sujet puisque pour ses funérailles il a été exigé que tous les chefs d’États souhaitant venir renoncent à prendre des jets privés ou même l’hélicoptère. Ces derniers ont dû se débrouiller (comme la grande majorité des humains) pour prendre des vols commerciaux, des trains, ou autre moyen moins polluants.
  • Enfin, on peut évoquer le refus de Andy SIMONS de participer aux championnats du monde de trail organisés début novembre en Thaïlande à Chiang Mai. Son geste est motivé par sa volonté de ne pas impacter encore plus son bilan carbone en prenant l’avion pour s’y rendre. C’est un geste à saluer de la part d’un sportif de haut niveau.

Nous allons revenir sur le sujet des déplacements professionnels en essayant de comprendre à quoi ils correspondent, quels sont leurs impacts sur l’environnement et comment on peut les réduire.

Les déplacements professionnels, à quoi cela correspond ?

CO2

Ici les impacts sont à relier aux impacts environnementaux des transports. Les impacts sur l’environnement sont nombreux puisqu’il s’agit aussi bien d’une nuisance sonore, d’une pollution des eaux, d’une atteinte à la biodiversité, qu’une pollution de l’air.

Les impacts sur l’environnement sont à relier à ceux des transports :

  • Nuisance sonore : Le seuil acoustique de confort est de 55 dBA et pourtant aujourd’hui en France 10 millions de personnes seraient exposées à des niveaux de plus de 65 dBA, dont 3 millions à plus de 70 dBA.
  • Pollution des eaux : Le réseau routier modifie la qualité des eaux souterraines et de surface aux alentours et modifie également les écoulements naturels.
  • Atteinte à la biodiversité : La création d’infrastructures routières détruit des habitats terrestres et marins. La biodiversité est donc directement impactée par une modification de leur habitat mais également pas les retombées de particules fines et les GES émis.
  • Pollution atmosphérique :
    • Émissions de GES : Le transport fait partie des 1ères causes des émissions de gaz à effet de serre (environ 15% des émissions mondiales de GES) et donc du changement climatique. Ces émissions de GES ont pour origine tout le cycle de vie des véhicules. En effet, un véhicule, que ce soit une voiture, un avion, un train, émet des GES tout le long de sa vie, aussi bien à la fabrication, à l’utilisation, qu’à la fin de vie.
    • Émissions de particules fines : Il faut savoir qu’environ 7 millions de personnes meurent chaque année à cause d’une exposition excessive aux particules fines.

Mais alors qu’en est-il des déplacements professionnels ? Aujourd’hui ces déplacements représentent en moyenne plus de 38% de l’empreinte carbone d’un individu. Il est nécessaire de limiter les déplacements professionnels et trouver les solutions les plus vertueuses en fonction de la localisation géographique de chacun.

Quelle politique en vigueur ?

politique

Le droit français en matière de transport « vert » s’est vu initié dès 1982 avec la Loi LOTTI (Loi sur l’orientation des transports intérieurs) qui intégrait déjà l’idée d’un Plan de déplacement urbain. Ce fut la première grande loi en la matière.

Depuis, de nombreuses lois françaises ont vu le jour, la dernière en date étant la loi LOM (Orientation des mobilités) de 2019. Cette loi LOM est motivée par la volonté de rendre les transports plus simples, moins coûteux et plus propres. Elle inscrit notamment dans le droit français l’objectif de décarbonisation des transports terrestres d’ici 2050. Cette loi prévoit de nombreuses mesures qui permettront à terme de réduire drastiquement l’impact environnemental et l’empreinte carbone des transports en France. Par exemple la mise en place d’un plan de soutien au secteur ferroviaire ou encore le verdissement du parc automobile en France.

Cette loi a certains impacts directs sur les déplacements professionnels puisqu'elle impose aux entreprises, ayant des sites de 50 salariés et plus - à défaut d’accord lors des négociations annuelles obligatoires - de mettre en place un Plan de Mobilité. De plus, cette loi vient offrir la faculté aux entreprises de mettre en place un forfait mobilité durable permettant de prendre en charge les frais de transport personnels du salarié pour les déplacements domicile-travail lorsque ce dernier vient à vélo, en trottinette, en covoiturage ou par un autre moyen de transport écoresponsable.

À côté de cela ont été mises en place d’autres méthodes pour inciter les individus à se déplacer de manière plus propre. C’est notamment le cas des vignettes Crit’Air mises en place dans de nombreuses grandes villes européennes, qui permettent de déterminer des zones de faibles émissions dans lesquelles certaines voitures, ne répondant pas aux normes d’émissions de polluants atmosphériques, sont tout simplement interdites de circuler. On connaît également le système des taxes malus sur les automobiles.

On peut également parler du droit européen car en juin 2022 le Parlement européen a voté l’interdiction de la mise en circulation de nouvelles voitures thermiques à partir de 2035. Cette interdiction s’inscrit dans la volonté de l’Union Européenne d’être neutre en CO2 d’ici 2050.

Toutes ces lois ont pour objectif de rendre les transports écoresponsables en remettant en cause nos modes de déplacement actuels qui doivent se transformer vers une mobilité plus durable et plus propre.

Comment limiter les déplacements professionnels ?

Il existe des solutions pour limiter les déplacements professionnels dans une entreprise. Voyons un peu de quelle manière c’est possible.

Limiter les déplacements professionnels internes

Concernant les déplacements professionnels internes il est nécessaire de faire un calcul de la pertinence stratégique du déplacement pour savoir si le jeu en vaut la chandelle. Autrement dit, est-ce que ce déplacement est vraiment nécessaire, est-ce qu’il peut faire changer les choses pour votre entreprise ? Est-ce qu’aller à telle conférence vous permettra réellement d’améliorer les profits de votre entreprise ? Qu’avez-vous à gagner en y allant et qu’avez-vous à perdre en n’y allant pas ?

Une fois que vous aurez posé cela, si vous pensez que le déplacement est nécessaire alors tentez de regrouper les réunions et autres évènements qui concernent les mêmes participants. Vous ferez des économies et l’impact environnemental sera moins élevé.

Vous pouvez également limiter les déplacements en organisant les évènements dans la ville dans laquelle il y a le plus de participants sur place.

Si cela est possible préférez la visioconférence à une conférence en présentiel. On le sait cette technologie s’est développée rapidement en peu de temps depuis la crise sanitaire de 2020 et c’est plutôt une bonne chose. Bien sûr la visioconférence aura également un impact environnemental puisque le numérique représente plus de 4% des émissions mondiales de GES. Vous pouvez dès lors utiliser des plateformes dont l’empreinte carbone est moins élevée. Pour pouvoir comparer, vous pouvez vous référer à l’étude de greenspector sur le sujet qui semble placer en top trois : Zoho, Teams et Whereby.

Néanmoins ce sera toujours moins impactant que de faire déplacer plusieurs individus sur de longues distances.

Si vous souhaitez calculer en direct les émissions de carbone émises par votre navigateur vous pouvez installer l’extension Carbonalyser de TheShiftProjet. Cette extension vous permettra de visualiser votre consommation électrique ainsi que les émissions de GES de votre navigateur.

Limiter les déplacements professionnels externes

De même que la visioconférence vous pouvez développer le télétravail dans votre entreprise pour limiter les déplacements professionnels externes.

En autorisant par exemple deux jours de télétravail à chacun de vos salariés vous participerez à la réduction des émissions de GES dû aux trajets domicile-travail, mais vous participerez également à la fluidification du trafic routier. Cela vous permettra également d’avoir des bureaux plus petits (donc moins de climatisation/chauffage) donc qui seront moins chers.

Néanmoins veillez à ce que le télétravail ne devienne pas un poids pour vos salariés. Assurez-vous qu’ils ont chez eux un bureau approprié, une bonne connexion WIFI et un bon cadre de travail.

En contrepartie, pour inciter vos salariés à être en télétravail vous pouvez :

  • Contribuer aux factures de chauffage et d’internet de la maison
  • Fournir un siège ergonomique à vos salariés
  • Fournir un écran si le salarié vous en fait la demande
  • etc.

Malgré tout, les déplacements professionnels de manière générale (aussi bien internes qu’externes) ne pourront pas être totalement supprimés. Il est alors nécessaire de réduire leur impact environnemental en priorisant les moyens de transport.

Comment réduire son impact environnemental lorsque l’on ne peut pas limiter davantage les déplacements professionnels ?

personne marchant

Voici notre liste de priorité :

  • Le moyen de transport le plus vert est bien évidemment … Nos pieds ! Et oui venir à pied au travail est la manière la plus écologique de se déplacer (assez logique mais souvent mis de côté par les adeptes des voitures courts trajets). La marche devrait être priorisée pour les personnes habitant à moins de 20 minutes à pied de leur lieu de travail. Vous en retirerez que des bénéfices ! Marcher de bon matin est très stimulant pour l’esprit et pour le corps. Mais comment inciter les personnes à venir à pied ?
    • Se retrouver sur le chemin avec des collègues ou faire une partie du chemin avec des voisins.
    • En profiter pour passer par un parc pour prendre un bol d’air frais.
    • Écouter un podcast.
    • Installer une application comme Weward qui permet de gagner des sous en marchant !
  • Notre deuxième moyen de transport est à égalité avec la marche, c’est bien sur le vélo. Aujourd’hui les grandes villes développent de plus en plus leurs pistes cyclables ainsi que des vélos libre-service. Il est donc facile de venir au travail à vélo. Vous pouvez d’ailleurs mettre en place des indemnités pour ceux qui viennent à vélo. En effet la loi LOM prévoit une possibilité de forfait mobilité durable qui indemnise jusqu’à 400euros les employés qui viennent à vélo et en covoiturage. Également vous pouvez proposer des vélos de fonction en vous rapprochant de fournisseurs qui permettent ce système (oui ça existe comme pour les voitures). Vous pouvez aussi aider à financer l’achat d’un vélo pour votre salarié. Bien sûr la trottinette et les patins sont aussi les bienvenus ! Vous pouvez aussi décider, si votre entreprise offre des services de livraison, de mettre en place des déplacements en triporteurs plutôt qu’en voiture ou en scooter. Cette solution est très utilisée dans les grandes villes et surtout dans les pays nordiques.
  • Après ces deux moyens de transport 100% écolo, on peut évoquer les trottinettes et vélos électriques. Ces moyens de transport sont pratiques pour aller plus vite qu’à vélo et pour ceux qui ne sont pas trop sportifs. Néanmoins il ne faut pas oublier que ces trottinettes et vélos électriques ont des batteries donc même s’ils n’émettent pas de particules fines, leur fabrication a été impactant en GES et ils ont besoin d’être rechargés régulièrement.
  • Les transports en commun comme le bus ou le métro sont également très reconnus pour limiter les impacts environnementaux des transports. Vous pouvez, par exemple, pour les visiteurs et employés, donner un plan d’accès indiquant les transports en commun (et les pistes cyclables) qui permettent d’accéder aux locaux.
  • Une solution peut aussi être le covoiturage hebdomadaire. Par exemple vous pouvez mettre en place une plateforme de covoiturage dans votre entreprise afin de permettre à vos employés de savoir avec qui ils peuvent faire du covoiturage tous les jours.
  • Pour les longs trajets vous devez impérativement prioriser les trains ! On ne le répète jamais assez mais le train génère 7 à 10 fois moins de CO2 que l’avion (étude de 2008 sur les efficacités énergétiques et environnementales des modes de transports, de l’ADEME). Veillez donc à réserver des trains lors de déplacements en France et même plus loin, éviter au maximum les trajets en voiture au-dessus de deux heures et surtout renoncez aux avions ! Il faut savoir en plus que le train n’est pas forcément plus long qu’un avion puisque lorsqu’on prend un avion il faut souvent aller dans un aéroport loin du centre-ville et il faut y aller en avance donc parfois (et même souvent) un trajet en train sera plus rapide.
  • Si vous ne pouvez pas prendre de train et que vous avez un trajet plus long que deux heures vous pouvez prendre la voiture mais dans ce cas-là il faut organiser un covoiturage. De plus, plusieurs techniques permettent de réduire un peu ses émissions de particules fines lors des trajets en voiture. Par exemple veillez à couper le moteur lorsque vous êtes à l’arrêt. Vous pouvez également essayer de garder une vitesse constante. Enfin, entretenez de manière régulière les véhicules. Toutefois la voiture sera plus impactant que l’avion sur les longs trajets seul. Par exemple pour un aller-retour Paris/Marseille en avion vous serez à 174kg de CO2 par personne alors que seul dans une voiture vous serez à 200kg de CO2.
  • EN DERNIER RECOURT et jamais avant, vous pouvez vous déplacer en avion. Bien sûr ce n’est pas une bonne solution, mais on le sait certains déplacements professionnels peuvent se faire dans des pays accessibles uniquement en avion ou en bateau. Dans les cas où vous n’avez plus de choix, préférez des vols de compagnies qui mettent en place une démarche écoresponsable et surtout préférez des vols directs car les avions émettent le plus de CO2 au moment du décollage. On vous conseille également d’organiser des déplacements qui durent plus longtemps pour que le transport en avion n’ait pas servi pour uniquement une journée. ATTENTION pas de jets privés !

L’ensemble de ces transports peuvent bien sûr être combinés selon les cas. Par exemple vous pouvez inciter vos salariés qui viennent de plus loin à prendre un transport en commun puis de finir le chemin à vélo.

Si vous considérez que votre entreprise ne peut pas réduire plus ses déplacements professionnels et que vous êtes obligés de prendre l’avion dans certains cas alors vous pouvez vous pencher vers une compensation carbone en finançant par exemple des projets de reforestations.

Et on en pense quoi de la voiture électrique de fonction ?

voiture électrique

Vous l’aurez remarqué nous n'avons pas évoqué la voiture électrique dans la liste de priorité et c’était bien intentionnel. En réalité la voiture électrique se prête à de nombreux débats sur son efficacité en tant que mobilité durable. Voyons ensemble les points positifs et les points négatifs de cette alternative :

OUI, c’est une solution durable :

  • La voiture électrique n’émet pas de gaz à effet de serre lors de son utilisation ! C’est top pour contrer le problème du changement climatique.
  • Moins de nuisance sonore (et oui les voitures électriques sont très silencieuses)
  • Une des seules alternatives aux véhicules thermiques qui est économiquement intéressante pour les politiques
  • Selon une étude de l’ADEME et de la FNE la voiture électrique, en prenant en compte l’ensemble de son cycle de vie, émettrait jusqu’à 3 fois moins qu’une voiture thermique.

NON, c’est une solution à court terme :

  • La fabrication des batteries nécessite l’extraction massive de matières premières et ça pollue.
  • Les batteries sont très difficiles à recycler ! On repousse le problème à plus tard.
  • Les besoins en électricité vont devoir être multipliés alors même qu’à l’heure actuelle en hiver on n’arrive pas encore à fournir tous les foyers en électricité.
  • Si on remplace toutes les voitures thermiques par des voitures électriques alors ça signifie qu’on va devoir produire en masse (donc pollution) et qu’en plus la plupart des voitures thermiques ne seront pas recyclées ou sorties du circuit; la plupart vont être envoyées dans des pays moins développés, dans lesquels la pollution n’est quasi-pas limitée donc la pollution sera toujours existante. Autrement dit les voitures électriques sont une solution pour un endroit géographiquement délimité mais pas pour la planète.

Maintenant vous avez les cartes en mains ; à vous de voir si vous considérez cette alternative comme une solution. Néanmoins il faut comprendre que la voiture électrique sera dans tous les cas moins impactant pour l’environnement dans son utilisation qu’une voiture thermique lorsque le déplacement en voiture ne peut pas être évité.

Merci pour votre attention et à très vite !

Pour consulter la ressource attachée à ce dossier, continuez la lecture par ici :

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