Pourquoi la livraison à domicile est-elle un problème écologique et social ? Discutons du « dernier kilomètre » pour l’e-commerce !

Publié le : 14 juin 2022
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L’e-commerce (c’est-à-dire l’achat en ligne) s’est énormément développé ces dernières années. C’est à la fois une concurrence aux petits commerces de proximité, une opportunité pour des jeunes marques de se développer sans local et une facilité pour les consommateurs d’acheter des produits non vendus près de chez eux. Cependant, l’e-commerce engendre des livraisons personnalisées, souvent effectuées en véhicule thermique. Cela augmente les émissions de GES inhérentes à ces déplacements. Nous allons parler en particulier de ce qu’on appelle le « dernier kilomètre »  qui se révèle le plus impactant de manière écologique et sociale.

Qu’appelle-t-on le « dernier kilomètre » ?

Le dernier kilomètre désigne l’ensemble des personnes, des opérations et des moyens mis en œuvre pour le dernier maillon de la chaîne de distribution d’un bien ou service. Très concrètement, cela représente les km parcourus entre le dernier centre de traitement de votre colis et votre domicile.

Pourquoi le « dernier kilomètre » est-il problématique aujourd’hui ?

L’e-commerce a littéralement explosé ces 2 dernières décennies.

87,5 % des internautes français achètent en ligne soit presque 9 internautes sur 10 et 95% des 18-24 ans.

Pour les grandes mais aussi pour les petites entreprises c’est une formidable opportunité pour le développement de l’activité commerciale. Mais c’est surtout une évolution culturelle qui a poussé aux consommateurs à vouloir des produits provenant du monde entier, sans attendre et sans chercher dans un magasin. Cette facilité d’usage augmente considérablement les flux de transport : livraison à domicile, livraison rapide, retour de colis etc.

Cartons livraison

Situation aggravée avec la crise du Covid-19

Quand nous réduisions nos émissions de GES relatives à nos transports, le recours à l’e-commerce, lui, a augmenté du fait des mesures restrictives de sortie. Assez logiquement, les consommateurs se sont tournés vers le commerce en ligne pour faire certains achats. Cette situation sanitaire n’a qu'accentué la tendance déjà bien installée où l’e-commerce grappillait chaque année des parts de marché.

Si on compare les flux des courriers par rapport au flux de colis, tandis que le premier diminue chaque année, l’autre ne fait qu’augmenter (environ +12,4%/an).

Néanmoins, l’augmentation de tous ces flux n’est pas sans conséquence…

Le « dernier kilomètre » : non-sens économique, environnemental et social

Sur cette question du « dernier kilomètre », les coûts économiques, environnementaux et sociétaux s’accordent totalement.

Pas de mutualisation et optimisation des livraisons

Une livraison livrée jusqu’au domicile ne va pas bénéficier des livraisons mutualisées réalisées dans les commerces (lorsqu’ils achètent du stock). De même, une livraison rapide sera potentiellement livrée dans des véhicules non remplis puisque les plateformes n’attendent pas un chargement complet à cause de la contrainte de temps.

Aujourd’hui, on estime à près de 30% des véhicules de transport qui ne sont pas complets lors des livraisons.

Ce fameux « dernier kilomètre » a un impact non négligeable puisqu’il représente en moyenne 25% des émissions de GES de la livraison.

De plus, les retours des articles commandés sur l’e-commerce sont de l’ordre de 20 à 30% contre 10% pour les achats en direct dans un magasin physique. Ces retours colis augmentent d’autant plus les émissions de GES puisqu’ils multiplient les allers-retours.

Augmentation des nuisances sonores et de la pollution en ville

C’est un sujet prégnant particulièrement dans les zones denses où le trafic, les nuisances sonores et la pollution sont déjà des problèmes importants.

Les villes sont en effet de plus en plus encombrées par le transport de marchandises.

  • À l’échelle nationale, le dernier kilomètre représente 20% du trafic et occupe 30% de la voirie.
  • Pour les villes, c’est 50% du gazole consommé qui l’est pour le transport de marchandises, et 35% du CO2 émis en ville provient de celui-ci.
  • Et à Paris, on estime qu’un véhicule sur cinq transporte des colis.

D’autant plus que parfois le livreur ne rencontre personne pour la réception du colis, ce qui demande deux nouveaux trajets : un retour et un aller le jour suivant.

Désertification des petits commerces

En favorisant le commerce en ligne, ce sont de nombreux commerçants locaux qui voient leur activité décroître, jusqu’à devoir fermer boutique.

Cette perte d’attractivité pour le développement du commerce de proximité a un impact dramatique pour toutes celles et ceux qui ne peuvent se déplacer, les personnes âgées ou avec des problèmes d’accessibilité au numérique.

D’un autre côté, ce sont les multinationales comme Amazon, Ebay, … qui s’enrichissent sur le dos des petits commerces. Ils entretiennent également un système de dépendance avec par exemple l’abonnement pour éviter les frais de livraison, ce qui incite à ne commander que chez eux.

Ces grosses entreprises sont socialement problématiques

Largement médiatisées, les dérives d’un management toxique et de cadences sous-pression, comme dans les entrepôts d’Amazon, touchent les employé·e·s de ces entreprises.

En 2018, une enquête commanditée par le CHSCT (Comité hygiène, de sécurité et des conditions de travail) suite à l’alerte de la médecine du travail d’Amazon Montélimar, révèle une inquiétante épidémie de troubles musculosquelettiques parmi ses travailleurs. 74% d’entre eux affirment ressentir des douleurs physiques qu’ils associent à leur travail.

C’est pourquoi, proposer des délais de livraison de plus en plus courts n’est pas sans répercussion. Cela augmente le stress, la pression et les cadences sur les bases logistiques et sur les livreurs.

Frais supplémentaires pour les consommateurs

Et finalement, les coûts sont également économiques pour le consommateur. On estime que le « dernier kilomètre » représente 25 à 30% du coût total de la livraison. Selon Capgemini, en France, ce chiffre revient à 41% lorsque c’est en livraison à domicile.

Maintenant que nous avons compris tout ce qui ne va pas dans ce « dernier kilomètre », que peut-on faire concrètement pour en limiter ses impacts ?

Comment éco-responsabiliser le « dernier kilomètre » ?

Il est tout à fait possible de réduire drastiquement l’impact de la livraison grâce à l’optimisation du « dernier kilomètre » et la réalisation de meilleurs choix en tant que consommateur·trice ou en tant que dirigeant ·e d’entreprise d’e-commerce.

Proposer les points relais et consignes en accès libre par défaut

Les points relais ou points de dépôts sont des lieux physiques (souvent des commerces, bureaux de poste, etc.) qui ont choisi d’être référencé par certaines entreprises de distribution (Mondial Relay, UPS Access Point, anciennement Kiala, GeoPost, RelaisColis) pour réceptionner et stocker des colis en attendant que leurs propriétaires les récupèrent.

mondial relay

Les livreurs déposent un plus grand nombre de colis au relais, c’est donc moins d’arrêts, un trajet optimisé et ils évitent également les allers-retours lorsqu’une personne n’est pas présente au domicile.

Ils permettent de valoriser la place des petits commerces comme étant relais de proximité pour des achats plus lointains. C’est une source de revenus supplémentaire pour ces commerces et un bon moyen d’amener des personnes dans leur magasin.

Pour les consommateurs·trices, ils·elles peuvent mutualiser la récupération du colis avec des courses pour un impact écologique (émissions GES) et économique (essence) allégé. C’est encore mieux s’ils utilisent des modes de transports doux (marche, vélo, transports en commun) pour aller le chercher.

Les désavantages de cette méthode résident dans le maillage territorial qui peut être hétérogène en fonction des régions et des entreprises de relais colis choisies. En proposant plusieurs types de relais colis, vos client·e·s choisiront l’option la plus proche de chez eux.

En tant que plateforme d’e-commerce, vous pouvez proposer par défaut ce type de livraison pour minimiser au maximum l’impact environnemental du « dernier kilomètre ». Veillez également à proposer des services où le colis reste assez longtemps (une semaine par exemple) au relais colis ou dans la consigne avant d’être renvoyé. Ainsi la mutualisation du trajet sera plus simple pour vos clients puisqu'ils en profiteront pour aller faire leurs courses à ce moment-là.

Popularisées par les Lockers d’Amazon, les consignes en accès libre se développent de plus en plus. Les acheteurs se déplacent eux-mêmes pour aller chercher leur colis à la manière d’un point relais mais les retirent grâce à un code fourni par le fournisseur. Les consignes peuvent être installées dans des supermarchés, des centres commerciaux, des gares etc.

Mutualiser les livraisons ou faire appel à des transporteurs responsables

Un autre moyen d’optimiser les livraisons se situe en amont du « dernier kilomètre » lorsque vous effectuez vos livraisons vous-mêmes (par exemple dans le cas d’un format hors-norme).

Rapprochez-vous d’autres entreprises livrant sur le même périmètre et avec les mêmes contraintes que vous. Vous pourrez optimiser les trajets en mutualisant vos véhicules (écologiquement et économiquement).

Voilà un autre intérêt de bien connaître ses parties prenantes, chose que l’on vous conseille toujours dans le cadre d’une démarche RSE !

Le choix de votre transporteur lui-même influencera vos émissions de GES relatives à la livraison de vos produits. Tournez-vous, par exemple, vers des entreprises ayant adhéré à la charte « Objectif CO2 » : elles ont pris des engagements clairs sur leur réduction d’émissions.

Basculer sur une flotte de véhicules électriques ou même vélos-cargos

Lorsque vous choisissez un transporteur pour vos livraisons ou pour votre flotte de véhicules, pensez à d’autres modes de déplacements.

Dans les zones densément peuplées, les méthodes de transport doux sont très appropriées pour livrer le « dernier kilomètre ».

De plus en plus présents dans nos villes, les vélos-cargos avec assistance électrique permettant de transporter des charges relativement lourdes. Bien que pouvant se faufiler aisément, les vélos ne peuvent cependant transporter la même quantité de colis et les gros volumes ne sont tout simplement pas transportables.

vélo

Les utilitaires électriques sont donc aussi une solution possible pour transporter les gros volumes. Ils consomment d’ailleurs moins en ville qu’en faisant de la route et réduisent la pollution sonore des villes. Les villes ont bien compris l’avantage des véhicules électriques et encouragent leur utilisation en mettant à disposition des parkings gratuits.

Enfin, bien qu’étudiée depuis longtemps, la solution de l’affrètement par le tramway peine à faire sa place. Le coût et la logistique sont en cause, bien que l’utilisation des mêmes lignes que pour le transport de voyageurs ait fait ses preuves quand le réseau est utilisé aux heures creuses ou la nuit (projet TramFret). Utiliser les lignes la nuit, c’est d’ailleurs ce que la ville de Marseille pense à mettre en œuvre pour répondre aux exigences des Zone à faible émission (ZFE) interdisant les véhicules polluants dans ces périmètres.

L’optimisation de transports en commun est une solution utilisée depuis des dizaines d’années notamment par les bus. En chargeant dans les soutes les colis qui doivent voyager d’une ville à une autre, cela évite potentiellement certains trajets notamment en ruralité.

transport

Afficher l’impact et proposer la compensation

Difficile d’estimer et d’avoir en tête l’impact environnemental de nos actions sans valeurs, sans évoquer une comparaison parlante. C’est là tout l’enjeu de la sensibilisation grâce à des informations environnementales disséminées dans notre parcours de consommation.

Panier

À la manière de plus en plus de services, il est possible de savoir en tant que consommateur, quel est le coût environnemental de nos actions ou de nos achats. Par exemple, depuis janvier 2022, les opérateurs téléphoniques doivent indiquer sur leur application, l’impact carbone de la consommation des données par l’utilisateur.

De la même manière, certains e-commerçants commencent à proposer l’indication du coût environnemental du choix d’expédition de leurs clients. Une compensation carbone peut être alors proposée bien qu’il soit toujours préférable de proposer la compensation en dernier recours.

Indiquer le coût environnemental de la livraison n’est pas chose simple pour les marchandises. En effet, cela dépend des spécificités des parcours de transports utilisés, de la connexion entre plateformes, du remplissage des véhicules ou bien des motorisations ou modes de transport sélectionnés.

De leur côté, les transporteurs ont l’obligation de fournir les émissions GES générées durant leur prestation. Grâce à cela, vous êtes en capacité de réaliser des estimations d’émissions GES pour les communiquer à vos client·e·s.

Vous l’avez vu, de nombreuses solutions existent en tant qu’e-commerçant pour influer sur l’impact social et environnemental du « dernier kilomètre ». Si vous souhaitez être accompagné·e vers ces solutions, parlons-en ensemble !

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